Dossier PSY

Nos ancêtres et nous

Introduction à la psychogénéalogie : partir à la découverte de nos racines et se libérer des fardeaux du passé.

Certaines difficultés psychologiques, certaines souffrances nous échappent. Nous ne comprenons pas pourquoi nous vivons certaines situations de manière répétitive. Nous nous sentons impuissant à changer le cours des choses. Il peut alors être intéressant d'aller explorer ce qui s'est passé dans notre famille : quelles difficultés ont rencontré nos parents, quels traumatismes ont vécu nos grands-parents, quels drames se sont déroulés dans les générations antérieures ? Nous pouvons parfois observer qu'il y a des liens, des similitudes entre certaines situations vécues par nos ascendants et nos problèmes actuels.

Le vécu de nos ancêtres continue à influencer notre existence, le plus souvent d'une manière inconsciente. C'est le postulat sur lequel repose la psychogénéalogie. Les principes de cette thérapie ont été développés par Anne Ancelin-Schützenberger dans les années 1970. La psychogénalogie nous invite à prendre conscience de la trame psychologique qui s'est construite au fil des générations. Quels sont les places, jeux et rôles adoptés par nos aînés jusqu'à ce jour ? Quels ont été les scenarii affectifs, sexuels, intellectuels et professionnels de ceux qui nous ont précédé ?

En analysant notre histoire familiale, nous pouvons mieux comprendre l'origine de certaines de nos difficultés. Nous mettons à jour des événements douloureux qui ont marqué la vie de nos ancêtres, nous découvrons certaines erreurs ou fautes du passé qui ont été source de honte et qui ont été enfouies dans le silence et le non-dit. Nous prenons connaissance de drames non résolus et de pertes inacceptables.

En démêlant les écheveaux du passé, nous comprenons mieux nos racines. Nous pouvons donner du sens aux échecs et aux répétitions. En mettant à jour l'histoire de notre famille sur plusieurs générations, nous pouvons prendre un certain recul par rapport à celle-ci et voir quel est le fil rouge qui s'est transmis jusqu'à nous. Nous pouvons alors faire le tri entre ce que nous désirons garder et ce qui ne nous convient plus. Nous pouvons nous appuyer sur les forces et les talents de notre lignée familiale tout en choisissant de vivre notre propre vie libéré des poids inutiles du passé.

Etablir un génosociogramme

Pour comprendre nos racines, il est utile de faire un génosociogramme. Le génosociogramme est un arbre généalogique constitué des faits marquants (heureux ou malheureux) relevés sur plusieurs générations. En retraçant les dates, les prénoms, les métiers, les lieux, en enquêtant sur le vécu et le caractère de nos ascendants, nous mettons en lumière notre héritage psychique et affectif.

Comment faire concrètement ? Tout d'abord, il est utile de se pencher sur notre histoire et sur la relation que nous avons entretenue avec nos parents. C'est celle-ci en effet qui va nous influencer de la manière la plus directe. Dans son ouvrage « Cette famille qui vit en nous », Chantal Rialland décrit l'influence qu'ont notre mère et notre père sur la construction de notre identité : quel type de parent ont-il été avec nous, quel modèle de femme ou d'homme ont-ils représenté pour nous ?

  1. Conception et naissance

Dans quel climat psychologique avons-nous été conçu ? Comment s'est déroulée notre naissance (facile, difficile, par voie naturelle ou par césarienne, à terme ou prématurée) ? Comment avons-nous été accueilli à notre naissance ? Préférait-on un garçon ou un fille ? Quelles étaient les attentes de notre famille à notre égard ?

  1. Choix de notre prénom

Quel est notre prénom ? Qui l'a choisi? Qu'évoquait-il pour nos géniteurs ? Ce prénom existait-il déjà dans notre arbre généalogique ? Si oui, quel a été le destin de celui qui le portait ?

  1. Identification à la mère

La relation à la mère est la relation primordiale. Dans les premiers mois de notre vie, nous allons développer avec celle-ci une relation étroite et fusionnelle. Cette relation proche, intime, « de corps à corps » va construire notre première image narcissique : nous nous aimons de la manière dont notre mère nous a aimé ! Cette relation première va également structurer ultérieurement le vécu de nos rapports amoureux où nous allons retrouver la fusion initiale (et ce, que nous soyons fille ou garçon).

Ch. Rialland nous invite à explorer comment notre mère a vécu sa maternité avec nous . Etait-elle heureuse d'être mère ou l'a-t-elle plus vécu comme une contrainte ? Etait-elle une mère angoissée ? Avait-elle peur pour notre santé physique ou s'inquiétait-elle de notre scolarité ? Se faisait-elle des soucis pour sess finances ? Etait-elle angoissée affectivement, éprouvant des difficultés à s'aimer et à reconnaître sa valeur ? Etait-elle une mère envahissante, s'infiltrant dans tous les recoins de notre vie ? Etait-elle une mère absente, trop occupée par ses tâches ménagères, sa vie professionnelle ou ses relations mondaines. Peut-être celle-ci a-t-elle été malade ou est-elle décédée alors que nous étions jeune.

Il est intéressant aussi de se demander quel exemple de femme notre mère a été pour nous. Etait-elle heureuse d'être femme ? Comment vivait-elle sa profession, sa vie intellectuelle, sa vie sociale ? Quel était son état de santé ? Comment considérait-elle le ménage, la cuisine ? Quel était son rapport à l'argent, à la sexualité, au corps ? Quel était son caractère ? Quel type de relation entrenait-elle avec son(ses) partenaire(s) ?

  1. Identification au père

Bien que viscéralement moins proche de l'enfant que la mère, le père a un rôle tout aussi important dans la structuration du psychisme de l'enfant. C'est lui qui interrompt la relation fusionnelle entre la mère et l'enfant et montre le chemin vers le monde extérieur. C'est lui qui apporte la loi, les limites et les structures. Il a sa façon bien à lui, différente de la mère, d'entrer en relation avec l'enfant. Le fils apprend à être un homme en s'identifiant à son père tandis que la fille forge sa conception de la masculinité en observant son père.

C'est à travers la relation à notre père que nous construisons notre estime de nous : l'enfant s'estime de la manière dont s'estime son père. C'est ce dernier qui lui confère sa valeur et sa place dans la société.

Comme nous l'avons fait pour notre mère, nous pouvons questionner le rapport que nous avons eu avec notre père. Notre père était-il heureux d'avoir un enfant ? A-t-il reconnu et respecté notre identité ? A-t-il participé à notre éducation ? A-t-il joué son rôle de père ? Nous a-t-il initié à la société et au monde ? Nous a-t-il fixé des limites qui nous ont permis en tant qu'enfant de nous structurer et de nous épanouir ?

Notre père a-t-il pris sa place de père ou a-t-il laissé à notre mère toute la responsabilité de notre éducation ? Un père a pu être manquant pour différentes raisons :

  • il était trop occupé professionnellement

  • il était très actif à l'extérieur (activités sportives, sociales, humanitaires,politiques, ...)

  • il a donné une image de père nul ou disqualifié (échecs, alcoolisme, chômage de longue durée, dévalorisation par la mère,...)

  • il était effacé, il ne disait rien et ne prenait pas sa place

  • il était malade ou décédé

  • il a disparu de l'existence de l'enfant.

Ce manque, cette absence a pu avoir différentes conséquences sur la construction de notre identité. En tant que fils, nous n'avons pas pu construire une image positive de ce que c'est qu'un homme. Nous développons alors une masculinité excessive ou au contraire n'arrivons pas à nous affirmer en tant qu'homme. En tant que fille, nous avons manqué d'un regard positif porté sur sa féminité : nous avons du mal à reconnaître notre valeur, peut-être avons-nous placé notre père sur un piédestal et continuons à idéaliser les hommes que nous rencontrons, peut-être avons-nous voulu nous venger en faisant payer aux hommes ce que notre père nous a fait vivre, peut-être aussi avons-nous mis toute notre énergie en voulant égaler les hommes, notamment au niveau professionnel.

Il se peut aussi que notre père ait été un véritable tyran domestique et que nous ayons souffert de son excès d'autorité. Nous sommes senti écrasé et dévalorisé. En grandissant nous avons perpétué le schéma de dévalorisation ou nous nous sommes rebellés face à l'autorité, tentant ainsi de prendre le contrepied de ce dont nous avons souffert.

Comme nous l'avons fait pour notre mère, il est intéressant de se questionner sur l'homme qu'a été pour nous notre père (son caractère, ses intérêts, son rapport à l'argent, à la sexualité,...). Que nous a-t-il transmis ?

  1. Identification au couple de nos parents

En observant le couple de nos parents nous intériorisons une modèle de relation homme-femme. Même si nous avons vécu dans une famille monoparentale, nous savons que notre existence s'inscrit au coeur d'un triangle. En grandissant, nous aurons tendance à reproduire le type de relations existant entre nos parents ou au contraire chercherons à fonctionner à l'opposé.

Au delà de nos parents, il est également utile de se pencher sur la vie de nos grand-parents, arrière-grands-parents et même sur celle de nos trisaïeuls, si nous pouvons encore recueillir des informations. En effet, nous pouvons mieux comprendre nos parents et leur fonctionnement, si nous examinons quelle a été leur vie pendant leur jeunesse et comment ils ont été élevés par nos grand-parents. Ces derniers eux-mêmes ont été influencés par l'éducation qu'ils ont reçue de leur propres parents (nos arrière-grands-parents). En remontant ainsi de génération en génération, en prenant connaissance des évènements qui ont marqués, des obstacles que nos ascendants ont rencontré, nous pouvons mieux appréhender certains de nos fonctionnements. A la lueur de ce passé familial, nous pouvons mieux comprendre certaines de nos valeurs, certains centres d'intérêts, certaines croyances ou même des blocages, des peurs qui sont les nôtres et dont nous ne comprenions pas l'origine.

Les secrets de famille

Serge Tisseron a mis en évidence l'importance des secrets de famille qui se transmettent de façon inconsciente à la descendance et ont parfois un impact assez lourd sur le psychisme familial. Le contenu de ces secrets nocifs tourne le plus souvent autour des origines, de la mort, de la sexualité, des maladies mentales, de transgressions morales et/ou juridiques. La famille cache ce qui vient entacher son image, ce dont elle a honte ou ce qui engendre un sentiment de culpabilité. On cachera ainsi qu'untel est un enfant adultérin, que notre oncle a fait de la prison, on taira le suicide d'un proche qu'on n'a pas su éviter,... Pour qu'il y ait un secret, il ne suffit pas qu'une chose ne soit pas dite, il faut qu'elle soit entourée sciemment d'un épais silence, qu'elle soit tellement bien cachée, qu'on ne puisse même pas savoir qu'elle est cachée.

Les souffrances vécues par nos ancêtres ne constituent pas nécessairement un danger. Ce qui pose problème, c'est tout ce qui n'a pu être digéré et accepté. Certains traumatismes, certaines injustices vécues, certains sujets de honte n'ayant pu être nommés et reconnus continuent ainsi à hanter les générations suivantes.

Cependant, le secret ainsi gardé se transmet de façon inconsciente au sein de la famille. Il transpire par certaines attitudes étranges ou anxieuses des parents. Certains mots, certains sujets sont soigneusement évités par les membres de notre famille ou suscitent une agitation, des réactions étranges dès qu'ils sont évoqués. Au travers de ces microcomportements, les enfants percoivent, souvent de façon inconsciente, qu'il y a du secret dans l'air. Il ressentent aussi la souffrance non exprimée qui y est associée.

Ces secrets traumatiques se transmettent de façon inconsciente aux générations suivantes. Ce non-savoir continue à hanter les descendants et à influencer leur comportement. Il condamne ceux-ci à se heurter aux même difficultés que leurs parents ou grand-parents sans pouvoir les dépasser.

Pour pouvoir se libérer des effets néfastes des traumatismes vécus par nos ancêtres, il est essentiel de lever les voiles, de mettre des mots sur les souffrances du passé. Cette connaissance nous permet de pouvoir faire face à ce qui était jusque là indicible. La révélation du secret n'est cependant généralement pas suffisante pour en guérir. Un accompagnement thérapeutique est souvent nécessaire afin de démêler le présent et le passé, notre vie et celle de nos ancêtres. Nous pouvons dès lors repartir sur notre chemin en reprenant en main notre propre destinée.

La loyauté familiale

Chaque famille entretient une comptabilité subjective de ce que chacun a reçu et donné dans le passé et de ce qu'il serait juste que chacun reçoive dans le futur. C'est ce qu'A. Ancelin-Schützenberger nomme Le grand livre des comptes familial.Cela tient compte de ce qui a été donné au niveau financier ou matériel bien sûr mais aussi sur le plan affectif ou au niveau d'un investissement personnel dans la famille : c'est ainsi qu'un grand frère, qui au décès prématuré de ses parents, arrête ses études pour subvenir aux besoins de la famille devient « créditeur ». Par contre, une petite dernière choyée et gâtée plus que le reste de sa fratrie deviendra « débitrice » aux yeux de sa famille.

Yvan Boszormenyi-Nagy a souligné l'importance des questions de justice et d'équité au sein du clan. Si chacun se montre loyal vis-à-vis du groupe et des membres de la famille, s'il y a équilibre entre ce que chacun donne et reçoit , tout se passe de façon harmonieuse. Les relations entre les différents membres de la famille sont basées sur le respect, l'affection et les égards réciproques.

Mais si cette justice vient à manquer, s'il y a exploitation des uns par les autres, alors l'équilibre est rompu. Cela engendre le ressentiment, la compétitivité et un esprit de vengeance. Cela crée un sentiment d'injustice qui se transmet d'une génération à l'autre. Un mécanisme se met alors en place que Boszormenyi-Nagy a appelé loyauté invisible. La dette se transmet de manière inconsciente aux générations suivantes et un des descendants est chargé à un moment donné, sans le savoir, de régler la note et de remettre ainsi le compteur à zéro.

Pour illustrer ce concept de loyauté invisible, voici des exemples théoriques :

  • une fille va renoncer à se marier et va s'occuper toute sa vie de ses parents, répétant ainsi le destin d'une de ses tantes.

  • Un enfant très brillant, fils de mineur, va échouer à l'université afin de ne pas dépasser le statut social de ses parents

La loyauté familiale peut aussi concerner un ancêtre malheureux, banni du clan pour un comportement inacceptable. Un de ses descendants, va, de manière inconsciente, répéter sa problématique afin de lui rendre sa place et rétablir ainsi l'équilibre familial. C'est ainsi que, par exemple, un petit-fils va se mettre à boire afin de réhabiliter inconscienment le grand-père alcoolique exclu du cercle familial.

Conclusion

La famille est un système où de nombreux bagages se transmettent de génération en génération, le plus souvent d'une manière inconsciente. Ces bagages sont constitués de valeurs, de croyances et d'attentes qui alourdissent notre vie et nous empêche de vivre pleinement. La psychogénéalogie nous propose d'ouvrir les valises ainsi léguées par nos ancêtres et d'en examiner le contenu. Elle nous invite ensuite à faire le tri en gardant ce qui peut nous être utile et en éliminant ce qui est devenu obsolète et/ ou qui ne nous convient plus. Nous pouvons dès lors repartir sur le chemin de notre vie, allégé des poids du passé.

Pour aller plus loin

Livres :

  • « Cette famille qui vit en vous » de Chantal RIALLAND

  • « Psychogénéalogie au quotidien » de Nathalie CHASSERIAU

  • « Secrets de famille, mode d'emploi » de Serge TISSERON

  • « Aïe, mes aïeux ! » de Anne ANCELIN-SCHÜTZENBERGER


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